Correspondance de ASMA à la présidente de la commission de l'Union Africaine Mme Dlamini Zouma.

Publié le par Action Solidaire Pour Marafa (ASMA)

Correspondance de ASMA à la présidente de la commission de l'Union Africaine Mme Dlamini Zouma.

                                                  Union Africaine

                                                   Commission de l'Union Africaine

 

 

 

   Ref : ASMA/CAA01/CUA/0616/

 

 

                              A Madame Nkozana Dlamini Zouma

                Présidente de la commission de l'Union africaine

 

Objet: Interpellation.

 

Madame la présidente.

Par la présente correspondance, nous voulons attirer votre attention sur une entrave grave aux droits de l'Homme qui se déroule en silence au Cameroun.

Sans doute madame vous avez déjà d'une manière ou d'une autre, par le biais des médias, ou de vos représentants à Yaoundé, été informée de la retentissante affaire Marafa du nom de cet ancien haut commis de l’état, ancien secrétaire général à la présidence de la république, ancien ministre, faussement accusé et injustement condamné depuis 4 ans au Cameroun dans le cadre de l'affaire de l'achat de l'avion présidentiel.

C'est donc à juste titre que nous (ASMA) ACTION SOLIDAIRE POUR MARAFA, mouvement crée à Bruxelles et militant depuis près de trois ans pour sa libération, venons très humblement porter cette injustice à votre attention.

À titre de rappel, il avait été confié à Marafa Hamidou Yaya alors nouvellement promu secrétaire général à la présidence de la république en 1997, la délicate et périlleuse mission de l'achat d'un nouvel aéronef pour les déplacements du chef de l’Etat. Malgré la difficulté de l’époque à trouver une banque pour financer le projet, à cause de l'ajustement structurel donc le Cameroun faisait l'objet , celui- ci avait pu par l’intermédiaire d'un collaborateur lui aussi emprisonné, trouvé une société spécialisée en aéronautique GIA-INTERNATIONAL -COORPORATION qui acceptait de lever des fonds à l'international pour financer l’opération contre l’émission d'une Stand By Letter of Credit (SBLC).

Cette Solution proposée par Marafa Hamidou Yaya avait pour avantage d'éviter au Cameroun une prise de risque énorme.

Après avoir informé le président de la république et obtenu sa bénédiction pour poursuivre, c'est-à-dire acquérir l'avion par la SBLC, et après avoir informé tous les acteurs prenant part au dossier lors d'une réunion tenue au palais de l'unité , Marafa aura la désagréable surprise quelques semaines après, d'apprendre que le ministre de l’économie et des finances Michel Mevaa Meboutou, oncle maternel du chef de l’État, avait ordonné le virement de 29 millions de dollar par la SNH(société nationale des hydrocarbures) directement dans les comptes de GIA- INT-CO ignorant la SBLC proposée par Marafa et sans l'en informer

Par la suite du 11 sept 2001 cette société va connaître des difficultés et ne lèvera plus les fonds pour financer l’opération , et tombera en faillite. Dans la foulée des événements Marafa sera remplacé au secrétariat général de la présidence et à son départ l'avion est fabriqué, immatriculé , et assuré chez Chanas Assurances, mais son successeur au lieu de poursuivre avec le projet choisi de donner une autre orientation à celui-ci.

Madame la présidente,

le 16-04-2012 Marafa avait été convoqué chez le juge pour répondre du détournement de 31 millions de dollar et écroué à la prison centrale de Nkondengui et condamné le 22 sept 2012 à 25 ans de prison, alors qu'en 2004 un compromis a été trouvé dans le cadre de cette affaire entre le Cameroun et GIA-International, devant un juge d'un tribunal de l’Oregon (USA) et le Cameroun avait obtenu de cette transaction, un Boeing 767 d'une valeur de 16 millions de dollar (réceptionné par le Cameroun) et 860 000 dollar en espèce.

Cette transaction selon ses termes, réglait définitivement le différent entre cette société et le Cameroun. De quel détournement s'agit il ? Comment a t'- il pu détourner une somme rendue à l’état du Cameroun? Pourquoi la Cour suprême en confirmant sa condamnation le 17 mai 2016 , continue de soutenir que Marafa était à l'origine de ce transfert  alors que Pendant les auditions au tribunal, il a été établi que Marafa n'a pas ordonné et n'a pas été informé de ce transfert de fonds.

l'accusation n'a jamais pu présenter les preuves de ce détournement ni démontrer la culpabilité de l'accusé d'ailleurs, le motif de sa condamnation ( complicité intellectuelle de détournement) en dit long.

 

Madame la présidente,

c'est ici l'occasion de vous faire savoir que, les raisons qui ont poussées Marafa en prison sont loin de ce détournement de deniers public comme le régime veut le présenter mais se trouvent dans sa volonté à briguer la magistrature suprême.

Les révélations de ses confidences avec l'ambassadeur des USA de l’époque Janet Garvey ont été très mal perçues par le régime. Considéré par ses collègues du gouvernement comme un sérieux prétendant à la magistrature suprême, C'est en demandant au président Biya de ne plus se représenter à l’élection présidentielle de 2011, qu'il s'est attiré la colère du régime, qui n’hésita pas en guise de punition, de faire resurgir une affaire vielle de 11ans afin de le neutraliser, et tout ceci grâce à une justice manipulée qui ne semble pas vouloir dire le droit dans cette affaire, Malgré l'absence de preuves matérielles et factuelles de détournement.

Madame la présidente,

la commission que vous présidez se veut l'instrument de lutte contre l'injustice sur le continent, et dans le cadre de sa mission, elle est chargée de garantir la protection des droits de l'Homme , de mener des enquêtes sur les violations de ces droits garantis par la charte et de faire des recommandations aux gouvernements.

Nous ne comprenons pas pourquoi la commission, organe par excellence des droits de l'Homme, ne s'est jamais saisi ou prononcé sur cet emprisonnement injuste et injustifié qui a défrayé et défraye la chronique malgré les appels incessants de sa famille, des ONG, des mouvements partisans, pourtant un citoyen est injustement accusé et condamné à cause de ses opinions politiques, ce qui est une entrave aux principes même des droits de l'Homme.

Il est plus qu’urgent que la commission se saisisse de cette affaire comme elle l'a souvent fait en pareille circonstance pour d'autres pays car loin d’être un fait unique, beaucoup aujourd'hui au Cameroun payent le prix de leur soutien, de leur amitié, de leur proximité avec Marafa Hamidou Yaya. Plusieurs personnes continuent de faire l'objet d'arrestations, et d'intimidations. Loin d’être des cas isolés ces personnes souffrent dans leur chair et ne pas mener une action pour eux s'apparenterait à de la complicité.

C'est fort de ceci, que le gouvernement américain attaché aux même principes de défense des droits de l'homme, avait à travers le département d’état, et à trois reprises déjà dans ses rapports annuels, épinglé le Cameroun sur cette entrave aux droits de Marafa, et qualifiant sa détention de politique , mettant ainsi la pression sur le régime tout en appelant à sa libération. L’Internationale Socialiste en juillet 2015, en a fait de même et le 27 avril 2016, le Groupe de Travail sur la Détention Arbitraire de l'ONU à New York lors de sa 75e session a rendu l'Avis N°22/2016 appelant à la libération de Marafa et à son indemnisation.

Nous souhaitons avec ardeur que la commission, porte-étendard des droits de l'Homme de l'union africaine, se saisisse de cette violation flagrante des Droits de l'Homme, et plus que dénoncer, prenne de manière concertée, des mesures impactantes pour obtenir du régime sa libération car Marafa Hamidou Yaya ,détenu dans des conditions inhumaines au SED, a une santé de jour en jour jugée préoccupante par les spécialistes.

Ayant confiance en votre bienveillance, et convaincus qu'une action sera menée recevez madame la présidente, l'expression de notre profonde admiration.

 

Fait à Bruxelles,

Le 08-06-16

Fabrice Njayou

le Porte-Parole de ASMA

 

 

 

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